samedi 8 mars 2008
Intervalles
Son regard tâtait le pouls de chaque rencontre, elle aimait à sonder les silences et les multiples interprétations pour n’en retenir qu’une seule.
De celle qui lui chuchoterait l’évidence, les moments d’après, la suite ou la chute.
Elle dévisageait la vie, quitte à parfois se brûler les prunelles.
Elle n’était ni bien née ni mal venue, belle selon certains, d’une laideur intéressante selon d’autres.
Elle n’ignorait rien des disgrâces, toutes ses petites imperfections dont elle était faite, jusqu’à la faiblesse de sa lèvre inférieure, laquelle s’affligeait à plaisir lorsqu’elle était déçue ou se sentait coupable.
Eva était un équilibre, fragile oscillement entre la fierté et l’incertitude, l’aplomb et l’affaissement.
C’était selon qui elle approchait.
Il était rare qu’elle autorise le contraire, non pas qu’elle soit crâne, ses yeux et son esprit auraient pu combler à eux seuls cette prétention, Eva préférait orchestrer selon ses paradoxes tout simplement.
Elle s’ouvrait fébrile, impatiente, se refermait sans préambule dès lors que l’artifice tentait de tirer son mensonge du jeu.
Ce jour là, le gris du ciel se conjuguait à son humeur. La nuit s’était étirée indocile sur des mémoires dont elle se serait bien passée, des regrets à dormir debout.
Elle hésitait entre la tentation, son désordre, et le repli, le précieux confort de la solitude, celui dans lequel tout se simplifiait, où rien n’était à craindre puisque rien ne s’y jouait vraiment.
L’horloge égrenait le temps plus vite que de coutume.
Un nœud avait éclos dans son ventre, plus l’heure approchait, plus il mangeait de l’espace. Il la privait petit à petit de toute conviction.
« A quoi bon ? Se disait-elle, puisque je sais ce qu’il m’en coûtera, l’unique prix de la désillusion que le regard impose.
Mes yeux ont tant sondé l’humain qu’ils en pleurent, j’en gagne chaque fois en cécité, de celle qui gangrène la langue et vous la rend de bois. »
Les aiguilles piaffaient, elles martelaient ses tempes d’un tic tac sentencieux et lui soufflaient comme un rappel à l’ordre.
Eva glissait, elle se devait d’ignorer la peur, l’enjeu dormait quelque part sur un coin de table, là où s’entassaient pèle mêle des histoires à quatre sous, des bouts de tendresse, quelques miettes de pain pour les oiseaux de passage et un livre relié de cuir brun.
Son doigt caressait l’angle de coiffe, s’en allait taquiner le signet de soie, lequel s’était assoupi entre deux pages.
Elle s’inquiétait de cette rencontre, ses mains trembleraient certainement, appréhension qu’elle compenserait par quelques fausses sérénités, un détachement subtil de tout son être frisant l’insouciance. Lui, n’y verrait pas grand chose, tout au plus que du feu.
A moins qu’il soit comme elle, idée qu’elle ne négligeait pas tant leurs échanges s’étaient confondus dans les mêmes teintes.
Eva glissa un pied puis l’autre dans ce qui lui paressait le plus confortable pour esquisser ce nouvel entrechat, enfila d’un geste prompt sa plus belle féminité, saisit la page en suspend et claqua la porte au nez de ses doutes.
Qui ira verra, souriait-elle !
Lub..na !
Commentaires
T'étais là, je ne savais même pas...
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