Âmes à Âmes

Les Unis Vers de Lub et autres denrées cérébrales

dimanche 16 septembre 2007

Tête de Roche

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Mords-moi la langue si je mens, je la tournerai sept fois dans ta bouche.

Je vais débusquer les couleuvres au fond de ton palais, il paraîtrait qu’elles pleurent un douloureux langage, de celui que jalousent les sirènes lorsque les marins se font denrée rare et que les vagues grignotent nos céphalées humaines.

Tes rêves se sont casser une jambe une nuit de sourde lune, les mouettes s’égosillaient, elles piquaient rieuses les crêtes du bec. Tu gis, les poumons tièdes, la bouche ouverte, lapant la moindre goutte d’air en suspension alentours. Encore un des ces naufrages d’où tu renais, un effondrement de plus, le vent renonce à te pousser plus loin, il claironne victorieux l’écueil de tes voyages immobiles.

Relève toi et claudique ! Tu vas courir d’ici peu le plus beau des cent mètres, une course à en faire baver les dieux de l’Olympe.

J’aime tes marées basses, tes pudiques affaissements qui font que tes yeux touchent le sol avec tendresse, j’aime à dévorer tes tourmentes sises entre tes bras, de celles qui te font me soulever à bout de force, malmenant mon désir d’étranges bouleversements où tout cap s’effondre, la terre n’est plus une orange, j’y vois des faillites de lignes, des méridiens confus, des raz de nausées, et ton gris obstiné qui me retient aux rives.

Ta coque est fêlée de part et d’autre, de ces petites aspérités qui à la longue t’ont coûté des coups de godets  en trop, des envies déchues, des sourires naufragés, trois ou quatre phalanges  de liqueur bien amère et une ancre qui n’en finit pas de s’enfoncer dans les abysses boueux de ce port des ténèbres.

Tes rêves sont à quai, ils piaffent d’impatience, ils mouillent tes flottaisons, dans l’attente d’une prochaine envolée sismique. Tu brasses les rafales, tu secoues les enclumes, l’amarrage ne peut plus souffrir ce manque d’espace qui te coince entre deux élans, il n’attend que ta prochaine furie et que le courant passe enfin.

Il est temps d’enjamber l’écluse et aller voir plus haut la bonté des promesses, frayer les océans jusqu’à que grèves s’en suivent, asseoir alors tes jambes au bord du précipice et contempler la grandeur du périple.

Mords-toi les lèvres si je songe, je roulerai sept vagues dans ta couche, soufflerai dans les bronches du temps qu’il cesse de saborder ta plus belle aventure et que tu vogues un peu plus loin voir qui tu suis.

Lub..na !

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lundi 9 juillet 2007

A Bout de L'autre

Apartoi

(Quand les âmes se chuchotent de loin la reconnaissance, ça tambourine dans le cœur, ça vous chavire les veines. Il en vous en coule des peaux de larmes de joie.La dame hurlante aussi lointaine soit elle a entendu ce que j’avais à hurler dans ma gorge.Il est des présents qui sont palpables émotionnellement, ça vous arrache une bouche bée, une large decrispation des commissures, un immense souffle d’oxygène au cœur. Nina, la louve aimante, merci du fond de mon bide !)

voix et images by Nina, such a divine soul mate


Lubna, à bout de l'autre, clip_0001
Vidéo envoyée par NinaLouve

Je ne vais pas te dévisager, tes contours m' échappent désormais tout comme le sens que je donnais à notre chemin. Depuis les routes se sont allongées, et les virages se sont accentués . ca m' étouffe tout ça, ça me prend à la gorge, comme un mal d' angine, un coup de froid hivernal. Pour peu, je me sentirais asthmatique, avec ce besoin de ventoline à la volée, un petit jet d' oxygène dans mon coeur asphyxié. Qu'en dis-tu toi ? de ce souffle au coeur? on dirait bien que je couve un embryon de tuberculose, je crache , je crache , sans plus savoir quoi. Si c'est du sang, des mots, de la bave. je crache, crache et pourtant...j'en bave.

Je ne vais pas te disséquer, tes viscères accusent la même vieillesse que celle de mon histoire. Ta bile est amère, la mienne asséchée. J'en ai des crises de foi à répétition, je n'arrive plus à croire ce que l'on me donne en becquée , ces bouts de mots, ces bouts de promesses, ces morceaux de flan normand, qui en ma bouche , se serrent les coudes pour mieux m' étouffer. Qu'en penses-tu toi, de cette nausée ? on dirait bien que j' enfante, si ce n'est de la vie, c'est sans doute plus grave, je force, je force, sans plus savoir pourquoi. Si c'est pour la suite, demain ou bien jamais. je force, je force et pourtant ...j'en crève.

Je ne vais pas te déshabiller, ta peau s'est faite cuir tout comme mon derme , endurci, tanné, épaissi au soleil d'un horizon trop long. Les caresses s'y freinent, les baisers y glissent, nos bouches y dérapent pour ne jamais s'y rencontrer. A croire que nous sommes insensibles ... Je connais tes mains , la douceur de ton flanc gauche, ton si joli fessier où j'aimais m'adoucir. Désormais nos peaux sont rêches, l'on s'y agrippe , naufragés , dans l'espoir de nouveaux signes à venir. Qu'en fais-tu toi, de ta carne ? on dirait que tu te fanes, les mots sont éphémères, et mon corps l'est aussi. Je me plais, je me plais, sans plus savoir comment. Le miroir ment tellement, mes amies quant à elles, n'ont jamais su mentir. Du moins, elles omettent , c'est tout. Je me plais, je me plais...j'en soupçonne les raisons. Jusqu'à quand ?

Je ne vais pas nous dévêtir pour nous tailler un autre costume, les mesures sont tronquées, nos tailles imparfaites et alors ? Mes doigts n'ont plus cette agilité à recoudre nos torts, tout comme les tiens tremblent à trop vouloir bien faire. Tu as froid ? j'ai si peur... Que faire de ces reliques ? elles ne suffisent plus à nos rêves, eux-mêmes grelottent. J'avais choisi les îles, tu as choisi cette banquise, incolore, frigide. Je suis comme un naufrage, calée entre deux montagnes de glace. Qu'en dis-tu toi , de ce nouvel espace , est-il à la démesure de notre échec ?

On dirait bien que j'ai parié sur le mauvais cheval, une fois de plus , la troisième du reste, si ça, ce n'est pas un symbole... Si ça ce n'est pas un symbole, alors c'est un présage. Celui au bout de l'autre, et puis d'un autre à venir, puis d'une suite, comme une fuite hémophile. C'est comme mes mots, notre histoire et la mort...à bout de l'autre.

Lubna

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jeudi 28 juin 2007

Qu’il fait humide par ici, ça suinte, ça dégouline, un long goutte à goutte silencieux. Les bouches se sont tues , les yeux se ferment tandis que les cent pas se suivent les uns après les autres.

L’ennui se mord les doigts, le temps lui se faufile, l’écho s’aime naufragé des aubes qui font trop de vagues.

La mousse étreint les murs de ce petit pavillon, la poussière se frotte au moindre mot.

Je tousse…voilà l’été.

Lubna

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samedi 12 mai 2007

Irritemer

scaphandre

Les filets sont à quai, les paquebots se défilent, mon grand-père à leur bord, fier, droit comme la certitude, il a juste oublié sa petite fille en route, ainsi que son scaphandre, sa femme nauséabonde,  son fils mal éduqué. Le fauteuil à deux roues balancé aux remous, le voilà libre, je suis à terre, j’y resterai.

Je crains les vagues autant qu’il les aimait. Les humeurs grises, les déferlantes, les tambours des abysses, les mille rugissements, je ne sais que les contempler, de loin. De cette fascination au cœur écarquillée,  j’ausculte les mouvements, la houle frénétique, je tâte du reflux jusqu’au moindre sillage.

Je le cherche cet homme, bien plus que mon propre père. Je quémande le fleuve, je fouille ses eaux grasses, poisseuses et dépressives. Ce long bras qui un jour asphyxia tous ses muscles, le clouait à la chaise jusqu’à que deuil s’en suive.

Je déteste ses rives, sa baille saumâtre et lente, c’est un bras qui s’enlise, un membre dans la vase, l’autre dans l’océan, de la flotte bâtarde qu’imitent les limitrophes.

Un courant aviné qui charrie la tristesse, les carcasses suicidées, les fins de vie précoces, la poisse, le déclin, quand ce n’est pas l’urine.

Pauvre Gironde, va donc mourir plus loin, si possible en silence, même tes poissons sont indigestes, repus d’arêtes humaines.

N’oublie pas de régurgiter les mémoires trop souvent noyées en ton nid.

Ecoute Lucien, je vais réécrire l’histoire ! 

Je vais t’ouvrir le hublot, tout oxygène dehors, actionner cette pompe de mes mains volontaires, je vais plonger dans la boue, suivre le fil d’Ariane et remonter ton nom que tu puisses me promener, m’asseoir à tes côtés encore, écouter tes vestiges, puisque ton fils lui, ne savait qu’ignorer, et refaire son monde aux quatre coins de la table.

Je vais me pavaner à tes jambes, bêcheuse, de cet air crâne, arrogant, dont les enfants se parent. Je vais être digne parce que tu l’es, campé sur tes deux ponts, debout !

Je fais hurler les soupapes, je vais couper ton armure, regarde, c’est le souffle qui t’agrippe, l’air qui te manquait, le carbone en pâlit et moi je suis heureuse !

Les paquebots se font la malle, ils négligent le Havre, la Gironde fait la gueule, tu veux m’amuser une dernière fois, et klaxonne les mouettes à coups de corne de brume . Je tiens contre moi, un cahier à spirales, un stylo quatre couleurs, des bribes de racines…

Ton casque m’écrase la cage thoracique, trop lourd pour une seule petite fille, lorsque le chagrin en fait déjà des tonnes.

Féroce, farouche, je tiens contre moi mon avenir.

D’un dernier geste de la main, apprivoiser la solitude, alors que tu souris.

Lubna

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vendredi 12 janvier 2007

Si les larmes nous étaient contées...

Nos mains s'entremêleront encore , tout en douceur, le plus délicatement aux yeux du monde, peu importe puisqu'il dort...l'aube tarde à quitter cet instant funambule.
Nous restons suspendus, le temps est à la rage au dessus de nos épaules, les guerres fratricides grondent, les vagues s'épuisent à la conquête des libertés, nos larmes n'ont pas échangé leur premier baiser, et pourtant...
Je la devine, infime perle de détresse , elle voilera ton iris d'une mélancolie, profonde, insondable , de ce chant sépulcral que les hivers jalousent. Ces mortes saisons dont le sang froid étrangle les beautés les plus fragiles.
Comme je l'envie de pouvoir ainsi épouser ton coeur, éclore à ton âme, mollir sur ta joue. Elle, petit écrin d'infortune où se plissent tes inquiétudes, où salivent les vengeances, là voici qui borde ton oeil de délicatesse, de ce geste que seule la maternité enfante.
En son ventre pellucide, fécondent tes humeurs, celles que tu cloîtres , coincées à double tour entre tes nuits et ta bouche.
J'en soupçonne le cri, la peur et la révolte, l'effroi, le tressaillement, le salaire des misères, de ce désespoir assis dans la plainte d'un nouveau né.
Les mots s' adossent à ses courbes , usés, abîmés , rognés jusqu'aux voyelles, de cette lassitude qui pénètre la mer lorsqu'elle se donne entière à de semblables rives .
Le temps pour elle de mourir, nos similitudes s'accouplent. S' effondrent alors les dessus de la peau, que nos paumes impatientes déchirent, que nos lèvres affamées décousent, au millimètre près... s'aimer jusqu'aux veines , enchevêtrer nos noires désespérances, se tordre à l'unisson et ainsi punir les dieux de nous avoir tant châtié.
Nos faiblesses entrelacées, nous en devenons forts, nous nous sentons des volitions belliqueuses , des aurores guerrières offertes aux lendemains qui chantent..
C'est ta peur contre ma peur, appuyée, arc-boutée, c'est nos spectres et tous les désirs célestes, le rêve en accoudoir, l'amour en repose-peines...
Si tes larmes m'étaient contées, je donnerais les miennes aux chiens. Alors j' épuiserais mes reins sur ton corps, je soulèverais tes monts, je braverais ta mort, j' agripperais mes pieds à ta souffrance que tu puises en mon ventre le sommeil .
Si tes larmes m'étaient ouvertes, j'en pleurerais toutes celles de ma vie. J'éviderais mes tourments, je creuserais la matière jusqu'à hurler , quitte à en perdre la voix...alors, muette, seuls mes doigts crisseraient sous le poids de ton malheur.
La terreur bouche bée s'éteindrait sur ma langue, et je laperais ces pleurs jusqu'à saouler le ciel.
Si les larmes nous étaient contées, la pluie serait orpheline, l'automne cesserait de geindre et moi , qui sait, de t'aimer...?

Lubna

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mercredi 13 décembre 2006

Rues barbares

qui put penser un jour qu'il pourrait l'entendre ...

Il se tenait campé sur ses deux coudes, on aurait pu croire qu'il se moquait de nous , ses yeux nous juraient le contraire, vifs , noirs, acérés . A la moindre ironie, ces yeux là riposteraient, avec une telle force, une telle rage, qu'aucun de nous n'en sortirait indemne.

Elle fit un pas de moins, elle suspendait alors ce geste, cette main fébrile, tremblante, timide. elle n'allait pas oser, elle refuserait encore de se tendre, de crainte d'une griffure, cette certitude la maintenait hors d'atteinte, elle ne craignait plus rien de la sorte, ce pas en moins, cette distance raisonnable entre elle et la griffure.
Sa paume gardait les traces, de ces craquelures , fines coulées dans lesquelles la vie s'était coincée, peu à son aise, étriquée, comme en manque d'air . Sa paume en disait long, de ses naufrages, de ses caresses, elle racontait les plus belles attentions du monde, les patiences des peaux, la couture des dermes lorsque deux êtres , dans un dernier sursaut, dans un dernier désir se radoubent au plus près.
Le revers quant à lui, hurlait, il n'était que failles, gouffres, déchirures. Le revers n'était qu'une large cicatrise , béante, affamée. Le malheur s'y glissait , il y rampait, il s'y frottait de tout son corps, lentement, obstinément, il s' entêtait à l'exploration du moindre interstice.

Et ces yeux qui la fascinaient, de cette rapière qui vous ronge l'âme, qui vous évide la bouche en deux temps trois mouvements. A tel point que le langage tôt ou tard se romprait.
Ils fusillaient ses doutes au plus profond, lui remuaient sa mémoire sans ménagement. Ils tenaient sa tête entre deux cataclysmes, d'une pression si forte qu'elle ne tarderait pas à défaillir. Ils lui infligeaient la tempête, les bourrasques et le vent, les flots enragés, gris , voraces, l'abandon et les pleurs, les appels aux cieux et les cris à terre, la détresse , ses dernières volontés...Ils la forçaient à entendre.

Elle fit un autre pas de moins, puis un autre . Elle reculait de cette distance raisonnable, laquelle les maintenait hors d'état de dire, de nuire un peu plus à son passé, de lire en ses mains la mémoire fratricide, la colère, le déni .
Elle franchirait bientôt la limite, à reculons, de cette façon un peu ridicule , empruntée, quand le mensonge mal dissimulé vous craque le milieu de la figure d'un sourire gauche, un peu honteux.
Elle n'en sortirait pas indemne, il lui fallait fuir, fuir ces yeux avant qu'ils ne la dévorent, qu'ils lui bouffent le noeud de l'enfance, ce noeud de discorde qui la maintenait vivante , cette torsion du ventre comme un souffle de vie.
Ce ne serait pas une fissure de plus, non, ces yeux ne meurtriraient pas plus le revers de ses mains. Ils n' inscriraient aucune autre cicatrice, aucune autre plaie d'où suinterait l'eau marâtre .
C'était autre chose...
Il demeurait immobile, patient et immobile. Seul le regard accusait une certaine agitation...lire, lire encore jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce que sa mémoire n'en puisse plus, qu'elle déborde, qu'elle régurgite tout ce dont elle s'était nourrie, qu'elle vomisse peurs, jouissances, haines, névroses...qu'elle crache désormais, repue, la souffrance ras le gosier !
Lire , lire jusqu'à l' effondrement...de l'autre.
Quitte à garder une âme, ce serait celle là ! il la dénuderait férocement jusqu'à la moelle , au plus près du coeur.
La voir ainsi tenter ce pas de moins... le précipice frayait avec ses talons, elle battait l'air à coups de poings...
Quitte à garder une âme, il lui tendrait la main.

Lubna

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mardi 5 décembre 2006

Au sombre Eros...

Là où s'étendent mes mains,
le noir est sombre
le gris serpente,
entre le coeur et les veines,
entre la peur et les peines,
cheminent les ombres,
les amours mentent.

Il n'est nulle trace au ciel,
aucune voix, aucun songe,
ces visages d'hier
ces lèvres comme un don
ces yeux comme un pardon,
où se noient la misère...
et prier qu'ils me rongent,
en dedans, en plein fiel,
puis mendier jusqu'au sang,
anémiée , inconstante,
de ces larmes apaisantes,
de ces gouttes, bel onguent,
qui de ma peau, pardonnent
le moindre châtiment,
qui à mes maux se donnent
offertes , impudiques,
que les dieux s'en retournent
accablés, faméliques,
en leurs cloîtres va-nu-pieds.
Crois les fiers, si je mens
Crois les rois, si je vends,
mon âme et mes bontés,
ces vertus qu'on détourne,
je vendrais mes drames au diable,
j'éviderais mon grenier,
Ces remords, dessous de fable,
de ces contes à trois francs,
de ces princes à trois sous
tous ces rêves que l'on pend
sans regret par le cou.

Il n'est nulle place au ciel,
aucun trône, nul royaume,
où étendre mes plaintes,
ces blessures obstinées,
cette enfance éventrée,
laquelle s'inquiète encore,
tremblant sous la contrainte,
des prochains abandons,
de ces vies que l'on gomme,
de ces ventres que l'on tord,
à loisirs , sans raison.
Que les dieux s'en repentent
insolents, ironiques!
Crois les pères, si je mens,
Crois les lois, si je vends,
ma bouche et mes baisers,
cet amour qui s'épuise
innocent, pathétique,
aux mêmes rues qu'il arpente.
Là où s'étendent mes reins
le peu me comble
les peaux s' aimantent
entre les monts et les plaines
entre les gueux et les reines
les noirs se fondent
s'accouplent, enfantent
d'éternelles saisons...

Lubna

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samedi 11 novembre 2006

D'avant l'amour...

Cesse donc de me dévisager, de vouloir voir en moi toute la misère de ton monde. Tu scrutes mes intentions, mes misérables volontés , mais dans quelle attente, dis-moi ? j'ai dans mes mains tous les désirs d'une femme et dans mes poches, quelques secrets , petits boniments de famille, ces mots que l'on cache, ces histoires que l'on tait , de peur d'avoir à se confondre en excuses un jour et ainsi se délester du peu de fierté qui nous habille, nous réchauffe les soirs d'hiver lorsque dans nos lits, nos cuisses se cognent à la banquise, que les draps demeurent froids, hostiles, irrévérencieux.

Je ne suis d' aucune bonté, d'aucun partage . qu' aurais-je à multiplier, à donner , si ce n'est ces bribes , ces bouts d' histoire, ces craintes nocturnes qui me tiennent éveillée , les yeux à demi-clos, le corps en suspend...mes heures se sont toujours égrenées d'une curieuse façon, lentement, lourdes comme figées, tenaces , accrochées désespérément à mon pouls, de telle sorte que j'ai la sensation d'avoir bien plus vécu que tu ne l' as fait jusqu' alors.

Je suis riche de souvenirs, de querelles , de ces scènes vivantes où le cri s'éprend de l'autre , les pleurs s' accommodent si bien avec les restes , quand seules les voix céans nous donnent cette impression de vie, cette sensation d'exister. Je l'entends alors ce coeur qui bat, ces veines qui débordent, ce ventre qui geint, cette plainte du fond, du profond, de je ne sais où .

Tu souhaites m'aimer ? ton regard en dit long sur tes espérances, les soins à prodiguer, la douceur à venir.
J'y verrais toute la tendresse des terres, les sourires en amont, les mains en contrebas , ces mains fébriles, impatientes , lesquelles dénouent furieuses les derniers liens et arrachent en un geste les voiles d'avant la peau, ces précieux millimètres d'avant la chair...
J'y verrais bien plus encore, de ces entrelacements où suffoque le moindre souffle d'air, coincé entre deux bouches, échangé d'une langue à l'autre, partagé et offert, repris , rendu, de nouveau suspendu...nous manquerions tant l'un de l'autre, nous serions si pauvres en fait, qu'il nous faudrait combler , acharnés que nous sommes, la moindre faim.
Tu souhaites m'aimer , dis-tu ? mais je suis aveugle, aveugle et obstinée , entêtée à la solitude, enlacée au désert. J'ai grandi dans le vide, appris dans le vide. Je ne sais de la vie que ce long cri qui débute pour ne jamais se taire, de ce tapage qui me rend sourde à la longue. Tu le sais, je ne cesse de te le répéter, j'ai vécu bien plus d'années que celles accusées par mes traits.
Comment se fait-il que tu puisses y voir autre chose que cet affaissement, ces faiblesses , de ces fragiles lignes marquant les commissures d'un désistement , comme un renoncement à l'après ?
Il semblerait que tu n'aies plus toute ta raison, serais-tu de ces fous qui s'obstinent au rêve, de ces exclus terrestres , lesquels s'adressent aux dieux, lorsque l'absurde pèse de tout son poids, de toute son écoeurante corpulence, sur les consciences alentours ?

Cesse donc de me dévisager, de vouloir lire en moi la liberté des dieux, ces propos , ce verbiage que seul tu peux entendre. Longtemps que je ne rêve plus, que mon corps s'est fané dans l'attente, que mon coeur s'est fermé , frileux et inquiet ,un peu lâche, il est vrai...J'avoue avoir perdu de l'ardeur au combat, je tente ni plus ni moins de ne pas avoir à souffrir...les larmes m'en coûtent désormais....
Je ne suis d'aucune pitié, d'aucune miséricorde, qu'aurais-je à pardonner quand les fautes à absoudre étouffent mon sommeil , étranglent ma gorge d'un même noeud, d'une même corde que les sentencieuses potences d'alors ?

Cesse de me voir avec ces yeux d'avant l'amour...

Lubna

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vendredi 20 octobre 2006

Et d'une symphonie, passe tout râle

bandoneon

L'archet se meurt ce soir
Gris et saoul de tristesse
Sur un dernier accord,
Sur une dernière mort,
dès cet instant il cesse,
ses belles notes d'espoirs.

En des mains musiciennes
Il égrenait l'amour
Il écourtait les peines
En nos cœurs troubadours.
Il est las de ce siècle
Il est froid en ces tours
En perd son beau solfège
Dans toutes ces fausses cours.

Cette nuit, l'archet pleure
Son violon d'Ingres n'est plus.

L'archet se gausse ce soir
De tant de basses caresses
Des élégantes formules
Des précieuses ridicules.
Il languit de tendresse
En ces pâles miroirs.

En des doigts prometteurs
Il nous sifflait l'automne
Il dessinait les noces
De fidèles ardeurs.
Les temps sont monotones
Les solistes bien féroces
Ils lèchent si bien les sols
Impudiques, sans bémol.

Cette nuit , l'archet pleure
Son violon d'Ingres s'est tu.

L'archet suinte ce soir
la solitude du monde
Il verse dans nos paumes
les couleurs de Sodome
La Gomorre inféconde
de Lot, le désespoir.

Sur véhémentes cordes
il exhorte au regret
S''exulcère , excédé
des noeuds de nos discordes.
Il grince des sentiments
les accords disgracieux
s'époumone, malheureux
d'un air vicié, pesant.

Cette nuit, l'archet pleure
Son violon d'Ingres déchu.

L'archet s'endort ce soir
Epuisé , sans honneur.
Il en perd son divin
Ne vibre qu'en chagrins.
Et se laisse ainsi choir
Dans les bras du malheur.

En de belles symphonies
Il allégeait nos âmes
Il transcendait le drame
En sublimes litanies.
Mais de nos pantomimes,
De nos danses volages,
Se lassent les adages
Les envolées aux cimes.




Pauvre ménétrier , il n'est plus que manchot.
Ne sait plus jouer le rêve, avec si peu de beau.
De rage, il brisera, le corps frêle de l'archet,
Le jettera aux vagues, ou sur cuisant bûcher.

Cette nuit l'archet meurt
Son violon D'Ingres n'est plus.
Cette nuit l'archet meurt
Et se jouera dés lors, le râle des vertus.

Lubna

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mercredi 11 octobre 2006

L'Essai Aux Mensonges

essai

Il est un espace entre toi et moi, celui des incertitudes. A s' obstiner, à trop douter, nous allons droit au but, celui d'un gain maigre , la mort, froide comme ces terres qui s' étendent à nos yeux, ces croûtes arides où rien ne germe, pas même l'espoir...
Nous voici à l' étroit désormais, pour peu on se pousserait du coude, on écraserait nos pieds , quitte à perdre patience, autant ne plus s' entêter à ces sottes politesses, te souviens-tu ?
Tu gardais ferme en ta main, la clenche, le temps pour moi de me frayer un passage, de jouer des corps pour t' atteindre...
Je m' évertuais à frotter mes talons au seuil de notre histoire, à la précaution de pénétrer ta peau sur la pointe des doigts
Que de manières, trop de révérences , à y songer, nous étions trop polis.

Toi, moi et la bienséance, c'est d'un comique ! je retiens mon envie d' éclater en sanglots, de ces larmes féroces qui vous secouent le coeur, à tel point que le coeur tousse, crache , s'épuise. Je réfrène ces gestes mendiants, t' implorer du regard, à genou sans fierté, les paumes ouvertes à ta pitié. J'en tremble, suffoque, j'en meurs de m' exposer ainsi.

Toi, moi et la compassion, quelle triste fin !
Et ce rictus qui désormais s'affiche , cruel et affamé, tyrannique. Je m'en veux d' ainsi te détester, de cette haine après l'amour...Je voudrais déchirer ton épaule, d'une belle morsure, d'une grande souffrance, la même, qui se plantait dans nos cous lorsque la jouissance nous dévorait, ogresse , animale, sans vergogne.

Te souviens-tu ? nous nous en voulions tant , la fièvre une fois tombée, le désir achevé, tant de mimes et caresses, toutes ces choses peu catholiques, de celles que l'on confesse, que l'on pense en secret, ces vétilles qui font tourner le monde, qui arrachent aux vieillards la malice , de ce souvenir d'une vie, la veille de leur mort.
Tu aimais ces jeux autant que moi, ces façons de déflorer , d' affleurer, explorer, nos airs de ne pas y goûter, de ces hypocrites contemplations , face à face pour un temps, si court fut-il...
Nous savions tous deux où nous allions en finir, nous savions tous deux la haine d'après l'amour, nous allions droit au but, invariablement.
Nous n' étions pas dupes, cependant, ces mimes en valaient la chandelle, quitte à la voir se consumer trop vite, quitte à la voir s' éteindre un jour, nos feintes, nos simagrées nous préservaient en quelque sorte, insufflant à nos dermes de cette pétulante jeunesse, cet appétit d'avant le déclin.

Toi, moi et l'amour, c'est pathétique !
Nous n' étions ni aveugles, ni sourds, bien qu'un peu sots parfois. Que faire désormais en rire ou en pleurer ?
Passer à une autre histoire ? celle après l'amour, celle d'avant la mort ?
Que dire à l'innocence , aux rêves et autres philosophies ? que nous allions droit au but, que nous foncions droit au mur , ces terres arides et froides , où le coeur n'y est plus, où l'envie est coincée entre deux épithètes, dans l'attente d'un je ne sais quoi de plus.
Quelle sera la parole à transmettre, le mot à ordonner, la fausse vérité à combattre ? penses-tu qu'ils seront dupes eux aussi ? à nous voir ainsi, las, exténués, mourants...à nous voir blasés, rompus , bien qu'un peu sots, ni sourds , ni aveugles.
J'éteins la lumière, achevée de désirs, morte de fatigue, sans doute demain , un autre jour ou bien jamais, nos incertitudes s'obstineront ailleurs, ce n'est pas une fois le pied dans la tombe, que l'on pourra s'essayer aux regrets.


Lubna

Posté par Lubna à 08:00 - Âme à vagues - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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