lundi 6 octobre 2008
PAS DE DEUX
7.01, le soleil se brise les côtes à tenter l’escalade dans un ciel trop gris. Les nuages obstruent ce qu’il reste de beau, le vent souffle d’autres tempêtes alors que la terre gémit sous ta peine.
Tes pas comme des tâtonnements, tes pas comme le désaveu, l’échec dans une paume, ta dignité dans l’autre, la conscience oscille douloureusement. Tu tangues…
A savoir si tout se voue à la chute, si rien ne se plait à l’espoir.
Deux ans, le vide auquel on s’acoquine, l’amertume à laquelle on boit, et ces verres qui n’en finissent plus d’écouler le sordide. S’user jusqu’à la lie quitte à devenir aveugle, que ce manque cruel puisse se taire enfin.
La douleur du détachement, que chaque particule de sa peau puisse s’effacer, que ses grands yeux ne trahissent plus tes mensonges, une goutte de plus versée à ta mémoire qu’ainsi tes nuits ne punissent plus les jours à venir.
Ton corps déchiré entre la tentation du terminus et celle du gouffre, il n’est pas une trame à laquelle tu n’aies pas songé, il n’est pas un rail qui sommeille.
Deux ans, les couloirs muets, les portes devenues discrètes, son parfum qui s’estompe dans le creux de ta bouche, s’émietter jusqu’à la folie faute d’écumer les heures blanches dans les bas fonds.
Le zinc s’est accoutumé au poids de tes coudes, les matins à tes gueules de bois chroniques.
Désormais ta langue épaisse ne sait plus que zézayer lorsqu’elle apostrophe, immorale, les éphémères passantes. Leurs gorges généreuses, leurs bas frivoles, qu’elles cessent donc de rafraîchir tes déboires !
Les mêmes, semblables, une suite hémophile de poupées russes, pas une pour racheter l’autre !
Cette autre dont le regard accusait tes renoncements, cette autre que tu tentes de noyer dans le cul d’une bouteille.
Il fut un jour, récureur d’espérances, de cette paille de fer qui broie ta bile quotidiennement, celui qui martèle ton pouls à coups de poignards, le jour où tes enfants à ses basques, toi à ses trousses, la mort au tournant, elle te quittait.
Depuis, le soleil se casse les côtes à vouloir pénétrer ton coeur, l’alambic sert généreusement ta cause , il n’est pas un verre qui souffre de solitude.
Lub..na !
jeudi 14 février 2008
Bloody Valentine
Elle arpente le nœud de la ville, de cette allure, ce petit trot qui la révèle aux yeux du monde, légère, aérienne comme un parfum de printemps, de ces fragrances timides, de ces odeurs de peau qui vous chavirent les lèvres, vous font balbutier le désir en syllabes
Son cœur déborde d’envies, il a faim d’un autre, il réclame les caresses, la chaleur d’une étreinte, de ce souffle vivant que seules les cimes affleurent.
Elle est belle Valentine, ses rondeurs sont gourmandes, ses pommettes sucrées, elle déhanche l’amour d’un coup de rein tendre, juchée sur ses aiguilles, la fesse haut en forme.
Sa bouche ferait cracher ses dernières volontés au plus convaincu des agnostiques, tant elle perle, sensuelle, cerise appétissante à laquelle se suspendent mille et une impiétés .
Elle sème sur son sillage bien des malentendus, des petits grains de discordes, des quolibets envieux lesquels ricochent sous ses petits pas et s’en vont grossir les égouts des quartiers qu’elle traverse.
Les femmes la fusillent du pire des châtiments tandis que les hommes la dévêtent des pieds aux tempes d’un soupir qui en dit lent et long.
Elle est l’humeur de souffre, cette essence à scandales dont les foyers se consument.
Elle rayonne Valentine, de toute son hardiesse, son insolence, elle acoquine le feu, elle vous rendrait cabot ! Elle fleure le délit d’outrage.
Si désirable qu’un homme aurait tôt fait de crier au loup, pulpeuse de la moindre courbe, mi-femme mi-fruit, bien trop appétissante selon certaines, une convoitise dont elles se passeraient volontiers.
Tant et si bien qu’elle n’est aimée de personne, elle attise la poudre des jalousies alentours.
Elle est si belle Valentine qu’elle en est seule, même en ce jour où son prénom claironne la félicité à grande pompe, nul cou auquel se pendre, nul derme à tutoyer.
Elle allonge sa foulée, presse la cadence encore et encore, elle asphyxie son pouls quitte à ce que son cœur souffre, qu’il cesse de quémander, qu’il cesse donc de geindre !
Ce n’est pas aujourd’hui qu’il sera satisfait.
Elle se souvient non sans un certain agacement combien ce dernier avait larmoyé tout son saoul lors de la Sainte Catherine, pathétique portrait d’un myocarde, à l’époque dépressif qui tentait vaillamment de retrouver un second souffle à grand renfort de coups de foudre et effet papillon , lequel s’était vu chapoté de ridicule façon.
Elle ne saurait inventer l’amour juste pour quelques heures, et plaire ainsi aux exigences de ce maudit calendrier.
De même que novembre, février irait se faire pendre ailleurs.
Lub.................na !
samedi 2 février 2008
Simoun
Cette terre qui lui collait aux doigts, lourde de tragédies, d’hécatombes en tout genre, il avait beau s’en laver les mains, persistait toujours une trace, comme une altération sur sa peau, de ces nécroses qui dès lors qu’elles sont rendues visibles à l’œil nu, vous accablent du pire des préjudices.
Il cultivait tant bien que mal son jardin secret, lequel souffrait les hivernales tourmentes, il y faisait si froid qu’aucune fleur ne résistait, rien n’y poussait durablement. Faute d’eau d’aucuns auraient pu croire, sans eau la vie est un désert, les yeux sont irritables et les pensées se fanent.
Pourtant les larmes n’avaient de cesse qu’elles aient abreuvé ce sol stérile, saisons après saisons, d’une peine à l’autre, elles cheminaient le long de ses joues, trébuchaient sur ses lèvres pour s’en aller mourir en son goitre
L’efflorescence butait, cet homme n’était que flottante banquise où rien ne pouvait éclore, une lande désertique, de ces lieux où le soleil n’est d’aucuns désirs, il y meurt chaque soir plutôt que de s’y coucher.
Cette terre qu’il creusait obstinément de ses ongles, s’offrait hostile à sa mémoire.
Il y avait vu pousser ses enfants, s’allonger le bonheur lorsque l’aube annonce son cortège de silences et que rien n’est plus précieux que ce qui se mime, le moindre effleurement, la moindre allégeance du vent sur notre cou.
Il y avait vu naître les plus beaux lendemains, lorsqu’il s’accoudait aux murs des contemplations, l’échine rompue par la lassitude tant il avait labouré sa conquête avec l’espoir que cette parcelle puisse être généreuse, qu’ainsi elle lui rende au centuple les soins qu’il lui prodiguait alors.
Comme il eut aimé y vivre sa mort, qu’on l’enracine dans ce coin de globe, que son corps épouse l’humus noirâtre, tendre berceau où sa décomposition oeuvrerait patiente, pour rendre de lui la moindre particule à cette vieille nourrice.
La désolation habillait désormais cette campagne, où il errait tel un guerrier apatride. Ses épaules accusaient la fatigue et le plus lourd renoncement. Sous ses talons crissait cette croûte, laquelle gémissait à petites doses, de ces souffrances servies avant le dernier râle, ces derniers cris du corps d’avant le couperet.
Pâle souvenir de ces moissons festives, quand le printemps flirtait avec les blonds épis, que les rires inondaient les tonnelles et la belle espérance coulait à flot.
Tout cela lui fut arraché un soir de septembre, il entendait encore le tumulte, ces secs craquements lorsque les arbres vaincus rendaient leurs branches au sol, ces coups de chien hargneux qui rompaient toutes amarres, les trombes titanesques, ces affamées goulues lesquelles ravinaient les chairs de sa chair. La boue comme un torrent, la terreur à ses basques courrait la rage en poupe le long des coteaux, elle pénétrait les gîtes, elle effrayait les mômes, elle étouffait la vie.
Depuis ce jour il nourrissait comme un goût de vase en sa gorge, entre ces deux tempes mugissait la révolte. Ces bruits de terroir le rendaient fou
Cette terre était aussi sèche que lui. Ravagée, désormais inféconde, elle exhala une oraison funèbre tandis qu’il l’étranglait de ses poings, de ce geste froid et mécanique qui lui fut enseigné sur les champs de bataille.
Depuis ce jour faute de tuer le temps, il garrottait l’ennui, les suites à venir offertes aux dernières suppliques du mourant.
Faute de tuer le temps, il tuait l’ennemi.
Lubna
mercredi 16 janvier 2008
Lucie
Lucie se sentait pousser des jambes, de ces longues pattes vives et volontaires.
Clouée depuis longtemps dans son berceau de soie, Lucie se sentait comme des envies d’espaces, de ceux qui vous saoulent l’esprit à grand renfort de vent, d’éclats de froid et de silence.
Elle contemplait les astres et bien qu’ils ne soient pas en mesure de lui offrir un beau présage pour la nuit à venir, Lucie prit le parti d’en vivre.
Elle cesserait de compter les secondes, ce temps spartiate, gris comme l’hiver, austère comme un cloître. Elle se moquait bien du sentencieux diagnostic, ce qui lui importait ce soir ? Cette perspective toute proche, cet opéra toutes scènes dehors où les plus belles voix sacrifieraient leurs cordes, en un chœur furibond.
Elle se délesta de ses petits fardeaux quotidiens, le compte gouttes gisait un mètre plus bas, ses nourrices tubulaires appréhendaient la chute, elle s’accrochait désespérément à ses veines, ces petits ruisseaux jonchés d’hématomes lesquels s’essoufflaient jusqu’au myocarde pour y injecter quelques bribes de sang neuf. Les petites mains de Lucie oeuvraient tel un couperet, elles envoyaient valser ces rogatons d’oxygène, ces mères fusions s’affalèrent au sol, ainsi que ce masque castrateur, muraille de mimes, sensé la protéger de tous les maux de la terre.
De longues années de jeûne, à observer les saisons sous un cocon de verre, à grignoter la vie par la croûte, la mie ne lui était donnée qu’à la becquée, ce soir, Lucie criait famine. Elle couvait une faim de loup !
Lucie se sentait pousser des voiles, de ces épais tourmentins, petits focs de tempête qui de sa frêle proue maintiendraient la constance lorsqu’elle franchirait le seuil des quinzièmes rugissants, la seule latitude qui lui fut concédée, parce qu’au-delà, lui disait-on, l’horizon était plat comme un encéphalogramme et qu’elle tenterait la mort si d’aventure elle commettait le pas de trop.
Elle se moquait bien de ces sanctions qui planaient au-dessus de son corps, vivre en suspend n’était pas vivre, peu importe le temps qu’elle écourterait, le peu de longitude à son chemin servie, elle courrait vers l’automne, peu importe qu’il soit l’ultime, il serait le plus beau, le plus ardent de tous !
Lucie courrait pieds nus, le rire en poupe, elle fuyait la tristesse, l’âcre parfum d’éther, les mines trop contrites et autres accablements. Elle distançait la mort de toute sa jeunesse, elle dévalait les sentes, sautait les parapets, Lucie avait des ailes !
Au loin les mamelles du ciel s’inclinaient sous l’amour en partage, ils en rougissaient presque ces géants mammatus à observer discret les dernières caresses que le soleil dispensait à la mer.
Lucie se sentait pousser un cœur, de celui qui palpite , vibre , crie et rend ses larmes au fiel, de celui qui vit quitte à en périr.
Lub.........Na !
jeudi 27 septembre 2007
Confidences sous un cendrier ou comment ne pas mégoter avec l'axiome
L’air de rien, tu ne fais pas grand chose, tu promènes tes quatre volontés comme un troupeau de mouton, bêlant les unes après les autres à qui veut bien l’entendre un univers de comptoir, de ceux où les bruits de corridor taillent une bavette sur le dos des innocents.
Elle ne peut souffrir ces instants, lorsque tu pérores, tu te joues crane, prétentieux, la verve bien pendante, les fesses bordées de soie, assis le cul entre deux thèses. Qu’elles sont belles tes volutes circonflexes, immodestes, prétentiardes à souhait ! Tu les souffles au nez et à la barbe de ton auditoire, le torse bêcheur, la tête au-dessus de tous soupçons.
Dans cette fin de terre, la lune fait le tapin, elle racole de pont en pont, la jupe mi-cuisse, parfumée, maquillée, outrancière, elle affame, la gueuse, elle en vide des fonds de poche, elle en noie des chagrins. Vois ce que l’on devient lorsque l’amour s’en mêle, on se colle aux trottoirs le temps de le maudire.
Depuis toi, elle déambule, elle clopine du bec.
Elle ouvre les jambes sous les coups d’infortune, lorsque les nuits chaloupent et le sommeil s’applique à tous nous rendre fous ! Bien des marins accidentent ses lèvres, ivres et morts à la fois, ils exhalent leurs derniers songes. Un râle, puis un autre, les hanches accrochées à ses basques, ils martèlent profond leurs humaines défaites.
Elle te contemple alors, du coin de ses brumes, elle esquisse un pâle sourire, elle feint, mime, affecte la jouissance que ces hommes puissent rêver encore et que tu puisses enfin te faire pendre ailleurs.
Eva, jolie pousse métisse, toute à ta cause acquise, dodeline de la croupe, fière, accrêtée telle une pompadour. Son corsage déborde de reconnaissance à ton égard.
Tu assignes de tes doigts sur ses reins, sa position de jouet, une poupée dont tu lasseras bientôt, une tête, un ventre, deux collines. Le voyage sera de courte durée, Eva pense que c’est pour la vie, Eva t’en fait baver des désirs aux commissures, aguicheuse, sensuelle, jeune fruit défendu que même l’abbé convoite.
Eva et ses rondes candeurs…l’insolence entière de sa jeunesse, les certitudes qui s’y collent, de ces pommes que l’on croque à pleines canines, et toi vieil Adam, qui lui siffle le soleil dans le creux des tympans.
La lune n’est pas envieuse, elle en a vu d’autres, de ces pimpantes, de ces gazelles, femmes feu follet, querelleuses, impudentes créatures, férocement dévouées.
Elle sait de tes ambitions, les déchets qu’il en coûte, le bitume que les talons arpentent de long en large, le froid qui vous mange l’échine, la peur de l’arme à gauche tapie dans les faubourgs.
Eva et ses pulpes apostrophes…grande fleur exotique, elle fanera bien un jour entre tes mains supplices. Elle aura droit à son bout d’amertume coincé entre le port et l’horizon, espace poisse sur lequel elle vendra toute la haine soufflée par ton seul souvenir.
L’air de rien, tu suintes une odeur de maquereau, tu empuantes de la langue à cocotter de plus belle , homme léger des quais crasses, souverain ubuesque du bar « Le cendrier ».
Confidences pour confidences , une nuit, la décrépitude t’en mordra les phalanges , mais ça seul la lune s’en moque.
Lub..na !
jeudi 5 juillet 2007
Afro Left
N’as-tu jamais ressenti vibrer le sang de la terre, lorsque la sève fend le sol de sa fougue et que tes talons fourmillent au rythme de la belle saison ? Ne te sens-tu pas vibrer de la fibre animale lorsque les percussions t’insufflent la fièvre, que mille et un petits démons croquent ton pouls, démangent ton ventre, envahissent, sauvages, la moindre intimité de ton microcosme ? Le petit peuple grignote, le petit peuple grouille, prolifère. Il s’en va taquiner ta raison, dérider ton mutisme. Laisse le croître, oscille, vacille, démembre-toi ! Le hajouj caresse ton cœur, la langue s’invite à son tour, charmeuse, louvoyante La transe effleure ta bouche, laquelle tremblote, sourit, se pince d’en vivre. Elle intime à tes hanches la plus belle des corrections, elle va te délier les branches, se frotter à ta sueur, sensuelle, venimeuse. Tes pieds, comme des puissants pilons, fouleront, frapperont jusqu’à l’épuisement de tes derniers fantômes. Qu’ils viennent tes spectres, qu’ils viennent et mordent à l’hameçon ! Ils vont manger leurs cendres, ils vont pleurer leur mère ! Tu riras aux éclats et à la barbe de tes larmes crois-moi ! La musique claque-faim en salive ! Elle rêve de croquer l’orteil de tes cauchemars avant de les inhumer vides, mille lieux sous le ciel. Tes reins s’amusent, tes reins s’accordent à chanter la tentation, la gourmandise charnelle, les effleurements de peau, lorsque les sens se déshabillent avec lenteur entre deux regards et quelques anonymes indiscrétions. Aime-toi tribale, shamanimale, animée, exaltée, langoureuse, libre comme le vent, femme feu-follet ! Les peines ont échoué dans leur tentative, les lames n’ont pas su te faire la peau. Confie aux tambours du désert le soin de griffer tes petits ogres, laisse les te dessiner gazelle, fière, scandaleuse, juchée sur d’appétissants sabots, perchée sur la folie ! De cette altitude où toi seule décide des bassesses à pardonner, où toi seule accepte le voile. De ce sommet où les farouches yeux blessent l’humaine certitude. Lub....Na
mardi 19 juin 2007
J'ai faim !
Vous ai-je ciré le bout des semelles pour qu’ainsi vous convoitiez mes plus petits désirs ? Aurais-je lapé vos langues de serpent quitte à perdre la mienne ?
Je ne tire jamais les roses de la bouche, qui plus est lorsqu’elles sont fanées. Je les aime sur pied, de préférence rouges, pulpeuses, indécentes, gourmandes à souhait. Je ne me pique de leurs épines que lorsque la couleur est donnée, franche, rude, sans fioriture.
Je mâchouillerais bien leurs pétales d’envie, un tantinet peste, un poil mesquine et jalouse ! Croquer leurs parures puis d’un mors complaisant, les voir souffrir leur jus jusqu’à que sève s’en suive.
Je ne suis point aimable, n’en déplaise à vos chiots de basse cours, lesquels jappent, hypocrites, à l’appel de vos cors. La chasse m’insupporte tout autant que les bals, l’on y court sans raison après je ne sais quelle robe, si ce n’est celle du cerf, ce sera celle des gueuses aux abois.
Vous ai-je brossé le poil dans le sens des convenances qu’ainsi vous ne tarissiez plus d’éloges à mon égard ?
Aurais-je vendu ma peau de diablesse saltimbanque contre trois quolibets ou fifrelins de la haute ?
Ma carne n’est pas à plaire si ce n’est aux sauvages, aux fous que j’affectionne, aux éperviers frondeurs. Mes yeux tâtonnent leurs vols, accrochés à leur grâce, je soupçonne le ciel d’un élan de clémence lorsque ces becs crochus piquent du nez devant mon point d’admiration.
Ma bouche alors se tait d’une éloquence précieuse.
Le monde est à vos pieds ? Il se dérobe à mes orteils, à croire que nous ne foulons pas la même croûte terrestre.
Un instant je vous prie, je vacille sur mes pointes, ivre, insolente, goguenarde.
Le vent se veut rieur, quant à vous, je vous pleure. Tout au plus je gémis.
J’aime à vivre en tourmente, de la fougue dans mes veines, des mots colts dans le ventre, que balles sifflent vos injures au millimètre près.
Vous aurais-je donc fâché qu’ainsi vos dos se cambrent, que vos bouches deviennent fourches que vos regards bivouaquent en plein air alors que je suis enfermée ?
Les minauderies m’affectent, les complaisances me font tousser, les bonnes manières m’affament.
Il est temps de passer à table, les vengeances tiédissent, j’ai goûté d’amuses gueule, j’ai soupé de politesses, venons en aux mets qui se dégustent chaud !
Détestez-moi que la nausée me prenne, que mon nœud puisse vomir mes plus beaux mots d’amour !
Lub...na !
mardi 12 juin 2007
et de tes rêves Herbert...
Regarde donc ton nombril comme il est blanc, lactescent, infatué de lui-même. Petite protubérance au-dessus de tout soupçon qui éclaire tes journées d’une bonne dose d’auto satisfaction.
D’ailleurs dès le matin, tu te perds en contemplation, tu tendrais même ton ventre vers le sommet de la perfection.
Dès ta naissance on s’appliqua à le parfaire, d’un nœud poncif d’orgueil, l’on scellait ce pacte avec ton ego centré sur ton unique personne. Lui et le reste du monde, ton futur horizon d’un parfait rectiligne tracé.
Soigné de mille attentions, de la pommade à la brosse à reluire, rien n’était trop onéreux pour ce petit appendice.
Gavé de culture, repus d’écriture, traîné de tous bords et bancs voltaires, son volume croissait et ton cerveau d’autant. Tu n’étais plus ainsi qu’un homme à la tête de chou, farci à la mode de chez vous. A la mode, à la mode…
Farce mégalomaniaque dégrossie de mets orgiaques, ne manquait plus dans la chair à pâtés philosophiques qu’une petite touffe de persil géographique, et une toque de chef sur le sommet de ton crâne pensant.
Qu’en est-il de toi et de tes rêves Herbert ?
Et de ton excroissance tuberculeuse
Cirée à grands coups de pompes solitaires,
Qui de sa propre image, devint admiratrice.
Qu’en est-il de toi et ton vers bien esseulé,
Celui même qui gigote en tes entrailles
Et qui de rimes, maximes fait ripaille,
Avide de savoir pour ne point le partager.
Laisse donc entrevoir, béante, ta cicatrice !
Laisse la donc suinter !
Du trop plein de fierté
De romans indigestes
D’épiques manifestes
De raclures verbales
De physique éthérée
De psaumes érodés
D’attaques cérébrales.
Qu’en est-il de toi et de tes livres ouverts ?
Et de ta bouffissure arrogante
Nourrie et engrossée de science patibulaire,
Qui de son gras, s’admire, suffisante.
Qu’en est-il de toi et ton vers casanier,
Lequel n’a de cesse d’ingurgiter encore
Pour n’être que luisant, fat et immodéré
Convoiteux de lauriers, de diplomes inodores.
Laisse nous admirer, l’orifice baîllant !
Lequel se meurt d’ictère
De maladie mentale
De psychose patentée
De névrose figée
Paralysie labiale
D’ego centrifugé
Surdimensionné
De solitude amère.
Qu’en est-il de toi et de tes pauvres chimères ?
De ta bosse scientifique
Aigrie , concupiscente de délices lettrés,
Qui, de sa nourriture, ne veut rien dispenser.
Qu’en est-il de toi et ton vers sclérosé ,
De plaques sémantiques
De palabres antiques
Lequel , pauvre bougre, s’est vu attribué
En héritage cynique, la cécité d’Homère.
Qu’en est-il de toi et de ta réclusion Herbert ?
De ta taille complexe, tu voulais te venger.
De mesures annexes, des centimètres gagner.
Qu’en est-il de toi et de tes rêves Herbert ?
Ta folie des grandeurs contre peu d’altitude
Ta boulimie livresque
Ton nombril gigantesque
Confortait ton parcours en de basses attitudes.
Il suffisait seulement d’un peu de grandeur d’âme…
(Ô mages....)
Lub...Na !!!
mercredi 20 décembre 2006
Le dîner
Tu n'avais jamais su te tenir , tes bras furent obligés à la politesse, ces règles de bienséance qui vous épuisent le dos, vous étouffent toute liberté de mouvement, vous contraignent à l'attente , les jambes crispées sous la table, les mains unies à la nappe.
Tes pieds forçaient la patience, ils frappaient discrètement le sol du talon, fébriles, tendus à l'extrême, ils enverraient valser la dînette au plafond pour peu que ton hôte soit trop polie.
Tu feignais la tolérance, ces petits mots, ces insipides, ces sans fond tout en forme, ils coulaient dans ta gorge , transparents, d'aucune saveur, d'aucun corps capiteux, ils n'étaient que vernis dont tu n'étais pas dupe.
Elle en faisait trop, c'est peu dire. Avec son langage à bouche déployée, c'était presque obscène, elle en crachait des couleuvres, elle en bavait des sottises. D'entre ses lèvres, un nid de vers, du lisse à outrance, du convenant, du charitable ...Ca débordait de sa poitrine d' un élan sans pudeur, tout comme le fard ocre badigeonné sur ses paupières , coûteux le fard , celà va sans dire. On ne regarde pas à la dépense lorsqu'il s'agit d'en foutre plein les yeux!
De la poudre, rien que de la poudre au regard!
Ca ôtait du poids à sa légèreté, à son inconsistance, en faire des tonnes de façon à combler le creux de cette cervelle anorexique, à la façon de ces dessous lesquels remplissent le manque, vous donnent à penser que le sein est généreux, qu'il sera confortable au toucher, charnu et gourmand.
Tu croisais, décroisais tes jambes, elle finirait bien par se taire, cette occupation d'en dessous la table accablerait ta nervosité à la longue, elle endormirait peu à peu tes observations d'une torpeur bénéfique, d'ici peu tu n'entendrais plus rien, d'ici peu ton attention irait se faire pendre ailleurs, loin, trés loin de ce cou volubile, de cette bouche pipelette, de ces doigts trop parfaits,clinquants de bonne manière.
Et cette façon grossière qu'elle avait de minauder, dès qu'un de l'assemblée, un de ces jeunes introduit à sa suite, glabre, propre sous tout rapport, applaudissait d'un rire à ses causticités, petits coups d'épingle qu'elle pensait d'esprit, servis méchamment à la classe laborieuse.
Tu lui aurais volontiers planter ses ongles dans la boue, qu'elle sache flatter autre chose que leur cravate.
Tu t'employais à les imaginer sales, crottés jusqu'à la cuticule et qu'elle les flanque alors dans son petit nez albâtre. Ca t'aidait à la faire taire, à tuer lentement ton dégoût.
Tu t'appliquais à ces caricatures dès lors que tu étais astreint à ces obligations mondaines. Combien de croupes princières furent assises vulgaires et odorantes, flasques, négligées , de jupons retroussés, arrachés, de bouches cousues, étranglées, ou dégoulinantes à souhait, de jabots en noeud coulissant, bavoirs de circonstance...aucun détail n'échappait à ton impatience.
Ce soir tu refaisais scrupuleusement le portrait de cette petite sotte, trop jolie pour être honnête, trop bavarde pour être sensée.
Que n'aurais-tu pas donné , vendu, promis que s'écourtent au plus vite ces déférences, civilités auxquelles tu étais tenu, vissé jusqu'aux pieds...qu'elles s'écourtent oui, qu'elles en finissent pour de bon, et te plaire alors au confort de poitrines moins précieuses, de ces peaux qui vous accueillent opulentes et offertes sans d'autre dessein que celui d'être vraies.
Lubna
mercredi 5 juillet 2006
Des mots , d'une poule , la farce
,Je me farcis des mots de tête,
des orgies encéphales
hémicrânies mentales,
à quêter l'épithète,
épigramme abscons
qui de vers , l'illusion
sert les vertus infâmes.
Je me pique de mots flèches,
quadrature d'un cercle
de poètes disparus,
au pied d'un verre revêche,
lequel , dans l'absolu,
le gosier ras d'absinthe
ne rime qu'au chagrin.
Je me tape des maux de bouche,
des aphtes disgracieux,
ulcères malheureux,
lorsque d'injures, j'accouche,
des chancres littéraires,
abcès ventripotents,
de domestiques bréviaires.
Je me perds en mots croisés,
énigmes meurtrières,
elliptiques croisières,
d'une lutte intestine
qui, d'un verbe ennemi,
alimente les bûchers
d'intentons peu divines.
Je me comporte mentale,
en signifiés malades,
concepts outrepassés
qui, d'attaques cérébrales,
ne cessent l'offensive
et d'une sape incisive
use son labeur d'archer.
Je me farcis de pense-bêtes,
en brebis égarée,
d'un cerveau d'alouette
en pauvres tirades hachées,
ânonne l'hébétude,
au seuil d'un crâne douleur
pied bot des certitudes.
Sur l'autel philosophe,
vous voilà bien servi ,
d'une femme apostrophe,
qui d'un bouquet garni,
d'aulx piquants et persil,
se mange et vous étoffe,
ces panses philanthropes
ces ventres bien pensants,
du peu de son vernis.
Quitte à choisir, jeûner,
que se piffrer de vent.
.Lubna











